lundi, août 27, 2007

good news, everyone!


Ce weblog, et d'autres amusements attenants qui le replacent en contexte, sont désormais disponibles dans une interface entièrement pimpée.
HazaramaT, mais aussi
ses conséquences positives,
et d'autres adjuvents à découvrir sur place.
Vous êtes bienvenus.

En outre, ici même: les liens à droite vont mourir peu à peu. Et ils ont, dans leurs yeux, quelque chose, qui fait mal, qui fait mal

lundi, mai 21, 2007

ON A DEMENAGé - this weblog moved


Eh ouais encore. Par ici.

jeudi, novembre 09, 2006

à bon port





mardi, août 29, 2006

Et bientard le dépôt


Ce par quoi j'entends:

1./ Petite chronique du quotidien kabuli.
Eh bien ça y est, ça leur pendait au nez faut dire. Le récemment réinstauré ministère de répression des vis et de promotion de l'amertume déborde déjà de ses prérogatives pour loucher vers le législatif: tac, une tite loi sur l'alcool pour commencer.
La tacite tolérance qui permettait aux vils étrangers de s'adonner à leurs loisirs décadents à base d'absorption d'alcool, via supermarchés d'expats, bars d'expats, et autres infrastructures permettant au corps ONG de se divertir au péril de son foie, est belle est bien portée au jour et explicitement interdite à compter d'il y a quelques jours.
Les dépôts d'alcool sont vides, on croirait une supérette sous les soviets. Dramatiquement rien dans les rayons, constaté hier, arrivés trop tard au dépôt (tac, voilà mon titre). Comme le dit dépôt est le goulot amont de toute la filière alcoolique kabuli, celle-ci sera tarie sous quelques semaines. Ca débute par les commerçants de quartier, qui par de bienveillants étrangers se faisaient fournir en bières sous le comptoir. Plus rien dans la rue, on a acquis à prix d'or les 4 dernières Heine%en avant-hier. Plus rien au supermarché. Qu'en est-il des bistroquets, suspense, mais en tout cas pas pour longtemps. La communauté expatriée est donc réellement en péril à Kabul.
Personnellement, assez peu m'en chaut (si ce n'est pour une hypothétique fête de départ organisée par mes camarades, ce dont je doute compte tenu de mon humeur ces temps ci) car

2./ Bientôt le départ (contropétriquement)
Fini Kabul et l'Afghanistan, sous dix jours. Jeudi en huit, nous sautons jusqu'à Hérat en avion, et ce sera le seul avion emprunté jusqu'à Marseille -du moins c'est ce que promet le dépliant. Nous serons donc en Iran pour voir y le début de l'intervention états-unienne (je propose de baptiser l'opération "crushing the assholes" -moins poétique que d'habitude mais peut-être plus franc), puis en Turquie pour le haut de la vague d'attentats, avec un peu de chance nous verrons à Sarajevo un retour d'affrontements, puis à Padoue le début de la guerre civile déclarée à Prodi par la Ligue du Nord... et enfin Marseille, pour nous faire braquer les sacs à dos.

En attendant tous ces jolis instants, qu'il sera peut-être difficile de faire partager via ce blug pour cause de difficultés de connexion, quelques photos sans tambour ni trompette ni lien ni entre elles ni avec le texte.

Et non sans émotion j'évoque la possibilité que ce post soit le dernier, HazaramaT s'éteignant dans 10 jours pour redevenir MassiliamaT, qui lui ne tient pas de blig car il a des amis de chair.

Qui sait?
Et qui s'en préoccupe?



Un afghan nous menace à l'arme blanche. Il a déjà débité un melon sous nos yeux effarés.


Un autre afghan, assoiffé de sang. Massoud lui lit une histoire pour le calmer mais rien n'y fait.


Heureusement mon interprète et moi sommes avec Batman pour nous protéger. Tandis que les russes tentent une percée en contournant le container.


Batman parlemente avec l'afghan assoiffé de sang.


Tout va bien, nous sommes sauvés. Batman regarde au loin avec mélancolie, non sans cacher son angoisse existentielle diffuse. Massoud nous lit une histoire pour nous endormir.

mardi, juillet 18, 2006

preuve qu'on est deux et en Afghanistan

En vingt-quatre heures à peine elle a couvert les milliers de kilomètres qui nous séparaient depuis quatre mois, si aisément que déconcertant. Et voilà une nouvelle touriste, celle-ci de mon coeur, à Kabul.


Touriste: au grand étonnement de nos compatriotes vétus de kaki, rencontrés lors de la réception ferrero-roche d'or du quatorze juillet -l'occasion de se confronter à des français qui ne vivent pas dans le même Afghanistan que nous- :
-tiens bonjour, qu'y nous enchaînent, on s'est toujours demandé ce que pouvaient faire des français en Afghanistan sans FAMAS.
Après leur avoir retourné la question en changeant le "sans" en "avec", on leur répond, dans l'ordre: ONG, ONG, ONG, tourisme. Ca leur en bouche un coin et ils nous honorent d'un "bain en tout cas félicitations pour votre courage en tout cas".

Non mais voyez-vous z'un peu l'tableau?? Trois gros bidasses (cela dit en toute affection), arme au ceinturon, tenue camouflage, des bras comme j'ai les cuisses, qui félicitent pour leur courage trois petits branleurs (cela dit en toute affection), indices de masse corporelle inférieurs aux seuils autorisés, déjà soûls des bouteilles de champagne subtilisées au représentant officiel de la France en Afghanistan, en route pour se charger les poches de bières gratis pour le pique nique du lendemain, ce qui leur vaudra sous peu réprimande désapprobatrice du galonné en charge de la surveillance des bières ("é kon vous r'vouaye plu tici"), travaillant pour une ONG dont les membres sont parvenus l'année précédente à se faire jeter de la même jardin-fête annuelle pour miction sur les géraniums de l'ambassadeur.

Non mais quelle poilade.


(Hahahafghanistan)

lundi, juillet 03, 2006

les videos sont arrivées


Le neuf est formel. Si je m'épanche peu ces derniers temps en contenu, nouvelles chroniques, "coups de gueule coups de coeur" dirais-je pour être radiophonique, je n'en suis pas moins actif. Un site a vu jour, il héberge dores et déjà quelques vidéos téléchargeables à l'envi (liens à votre droite), et bientôt des pages complémentaires à ce blog, pages à vocation culturelle, pédagogique, et humoristique -dans cette veine, je prépare actuellement un portofolio du coût de la vie à Kabul.
Depuis une dizaine de jours, la barre de menus à votre droite s'est étoffée d'un compteur à visites, ainsi que d'un témoin "visiteurs en ligne". Quelqu'un d'ailleurs a t-il déjà vu ce témoin indiquer "2 personnes en ligne", c'est-à-dire une de plus que lui-même? Le compteur cumule les visiteurs et les localise géographiquement, ce qui est topclasse. Tiens, mais qui sont ces deux "anonymous proxy"? Les Hergés? Remarquons que nous avons reçu visite d'états-uniens, s'ils sont francophones peut-être pourraient-ils laisser un petit commentaire d'insultes ou que sais-je?
En outre, il faut savoir que les vivifiants séjours en Hazarajat sont loin derrière moi. Je m'encroûte à Kabul depuis 3 semaines, et produire du contenu édifiant, si je le fis jusqu'ici brillamment, me devient difficile. Une chronique sur la programmation VBA sous Access serait dans mes cordes ces jours-ci. Pour dire.

mercredi, juin 14, 2006

du nouveau du neuf


Dans le grand mouvement printanier de remise en forme qui m'anime ces jours-ci, j'ai trouvé à organiser mes albums photographiques de façon plus conviviale. Nous dirons donc définitivement adieu à HautEtFort, précédent hébergeur d'abord du blug lui-même, puis uniquement des albums, désormais de plus rien du tout.
Et j'invite à reparcourir les liens "albums photos", sur ma gauche (votre droite): ce n'est pas tout à fait achevé mais c'est en bonne voie, et de nouvelles photos ont été uploadées.
En outre une nouvelle rubrique video vient compléter l'ensemble par un peu de cinétique. Formats de fichiers héterogènes: les video apple-friendly (lisibles par QuickTime) sont notifiées comme telles.

samedi, juin 10, 2006

prise de vue contre son gré

Band-e-Amir, la semaine dernière.
avec mes compagnons de route nous petit-déjeunons d'un poisson frit accompagné de jus de foin chaud (ici dénommé "thé vert").



Band-e-Amir est un spot touristique pour les locaux; alors que juin débute, et qu'en plein soleil on pourrait presque croire qu'il fait doux, les bobos kabulis débarquent par minibus sur les berges de ces lacs retenus en place, dit-on ici, par la seule force spirituelle outre-tombe de Hazrat-e-Ali, gendre du prophète. Et s'en vont pour un tour de pédalo ou de vedette en famille. C'est charmant, l'ambiance est estivale, voire pique-niquesque.



Soudain Mussah, le chauffeur,
(sur la photo: le moins efflanqué. les gros hazaras sont odorifères pas comme nous: quand le soleil tape à travers le pare brise et qu'on réagit tous par une sécrétion épidermique accrue, ils dégagent non pas une fine acidité caprine racée comme moi, mais du lipidique ovin bien lourd, ce qui constitue un choc civilisationnel assez désagréable.)
se saisit prestement
(du moins autant que le lui permettent ses couches thermoresistantes endogènes)
de mon appareil photographique et, frénétique, commence à mitrailler par dessus mon épaule quelque chose qui selon toute apparence le fascine puissamment.


Je lance un mouvement pour me retourner et visualiser l'objet de l'intérêt magnétique maintenant partagé par les trois jeunes gaillards, en voie d'exorbitation oculaire, mais ils m'en empêchent: "Scrédi! Scrédi! Te r'tourn' pas! (transcrit en français quotidien pour plus de commodité)". Il semble qu'on ne doive pas les voir faire ce qu'ils font et que je ne saisis toujours pas. Confirmation à chaque prise de vue, dont l'accompagnement sonore pourtant sobre ("bip") les fait blêmir de se voir trahis par quiconque viendrait à le percevoir. Et pourtant, malgré le danger non identifié, on continue à clicher sur le vif, à l'aveugle. Je commence à comprendre:



Le point commun à tous ces clichés imprécis? Eeeeh ouais. La fille au top rayé. J'admets qu'il est du meilleur goût, ce petit top rayé, pour une virée vendredicale au Band-e-Amir, mais de là à s'exciter l'index sur le déclencheur du numérique... A moins d'être dans l'espionnage industriel pour le compte de H&M... Alors qu'ils se montrent satisfaits de leur prises en les visualisant sur le petit écran de l'appareil, l'air autour de nous se trouble de testostérone. Affichant un amusement de façade, mais malgré moi accâblé par leur puérilisme, et croyant le petit jeu terminé, je m'apprète à tourner la page en pressant la touche "poubelle" de la caméra. Oulàh! Que ne fais-je! Mussah me retient et désigne la photo qu'il désire voir sans faute imprimée par moi à Kabul pour lui passer à notre prochaine rencontre:

Je reste médusé. "Putain mais si tu veux du softcore tu vas sur internet, ou tu t'achètes un poster de Vanessa Demouy, je sais pas, mais là..." Mais ce n'est pas la question pour lui. Il a saisi une fille contre son gré, et souhaite en garder trace; ses camarades approuvent, émoustillés par la potacherie. S'ils ne sont pas sensés ainsi prendre en vue une femme (le grand continent mystérieux pour eux, l'aventure, du Jules Vernes contemporain), il est également de la responsabilité de celle-ci de ne pas se laisser observer d'une quelconque manière, encore moins photographier (C'est vrai! Elle pourrait faire gaffe à chaque seconde qu'on ne la photographie pas en douce au zoom numérique à 100m! C'est quand même pas compliqué merde!). Ils pourront donc avec cette photo rire en souvenir de cette femme impudique.
Imaginez, sur une plage azuréenne non naturiste, une femme ayant oublié son string et qui semblerait ne pas s'en être aperçue. Si vous aviez 12ans et demi, une paire de testicules, deux camarades de même acabit à vos côtés, et un appareil numérique, vous photographieriez en douce et en pouffant sous votre acné. Cela me fait cette impression ici, sauf que les pré-ados ont entre 21 et 30 ans, qu'en lieu de fille sans string il s'agit d'une mère de famille voilée et qu'on ne saurait distinguer de ses compatriotes (à part son super top rayé).
Et encore une fois j'ai mal pour eux.
Comme quand ils se dévissent la nuque lorsqu'en voiture on dépasse une piétonne qui se cache le visage.
Comme quand ils échangent des propos réprobateurs en en croisant une autre qui se cache moins.
Comme quand ils ricanent nerveusement sur le passage d'une expatriée qui, privilège de l'étrangère, peut se contenter de 3 couches vestimentaires sous les 35°C de début juin à Kabul.
Comme quand on rentre de 15 jours de terrain, que le chauffeur m'invite pour un thé chez lui, et ne peut (ni apparemment ne pense à) embrasser sa femme qu'il a laissée sans nouvelles, mais se cantonne pour toute marque d'affection de lui signifier l'urgence de notre soif et qu'elle nous mène vite fait un jus de foin chaud. Comme quand, au même endroit, je constate qu'il n'est a même pas d'endroit ni de moment où l'afghan moyen
(celui qui n'habite pas un palais d'influence architecturale pakistanaise [qu'il est de bon ton pour ces incultes d'expats de résumer en le qualificatif de kitsh])
puisse partager cinq minutes d'intimité avec sa femme; et je ne pense à rien de pornographique, simplement se dire bonjour, se donner l'accolade amoureuse. Matériellement, la possibilité c'est: dans la seule et unique pièce de la maison, où toute la famille dort, 1,5m² qui restent en angle mort de la fenêtre, et pendant que les enfants sont dehors, avant que le cousin passe en coup de vent pour un p'tit jus de foin chaud, ou que le grand-père fasse la sieste.
A part ça, c'est beau de vivre tous sous le même toit, et de ne pas parquer les vieux dans d'horribles maisons de retraite comme dans notre société deshumanisée.

jeudi, juin 01, 2006

Déménagement et Bienvenue

Mue! Mue!

Nouvelle skin, nouvelle disposition, nouvel hébergeur, tabula rasa des commentaires... J'espère que celui-ci me laissera plus d'uploading space, et je suis dorénavant hébergé au même endroit que mes camarades précédemment linkés. Pur conformisme.
Notons qu'ici les photos ne sont pas en album sur le côté, mais seront inclues dans le corps des notes. Faut donc que je rattrape les photos de là-bas pour les mettre ici... ça vient ça vient. Mon Dieu cette note est vraiment édifiante. Ah ouais sinon ya eu un accident automobile hier, entre un convoi militaire états-unien et la société civile (des gens quoi). Du background sur cet événement et la tension sous-jacente.

Pour ceux qui débarquent ici sans connaître les antécédents: je viens donc en ce 30mai de rappatrier ici tous les posts de précédents blogs, d'où l'anti-datement de ces posts. J'espère qu'on s'y retrouvera.

jeudi, mai 25, 2006

Expliquer mon silence écrit


Boulot boulot, flemme flemme, après après 15 jours jours de ballades professionnelles dans les collines de l'Hazarajat sans dimanche, ma verve littéreuse reste en berne depuis ces quelques jours que (où?) je suis de retour à Kabul. En parallèle, je tente de recontacter certains directement, entendez par le truchement de mails individuellement adressés; et cet exercice d'épuiser mon peu d'énergie d'écriture.

J'entreprends ce retour au mail individuel car les amis ont tous boudé le commenting de blug. Avoir opté pour cette forme monologique à forts relents narcissiques en guise de "nouvelles de voyage" me vaut-il remontrance de camarades aux goûts sûrs et au sens critique acerbe? Ceci dit sans ironie, vivent acides et acerbes. Autrement dit, passerais-je finalement pour un gros naze mégaringardos ? Pitié pas de commentaires ou de mails pour me rassurer en affirmant le contraire -ce n'est pas question posée mais hypothèse explicative.

Il sera éclairant de noter que (tiens, cette préposition ne sert à rien tiens) les référents culturels sont ici différents et les jalons rares. Ceux qui se souviennent de l'épisode violonistique à Kabul relaté précedemment apprendront que depuis, nada.

Tiens non: j'oublie ingratement de grandioses découvertes musicales à l'autoradio ces dernières semaines, qui doivent leur intérêt plus au système de diffusion qu'à la musique elle-même, très bonne néanmoins; mais violemment sublimée par l'autoradio poussé à donf, les aigus tout également, pour monter les voix féminines et les cordes aigrelettes de la damboura à un niveau de saturation enthousiaste qui vrille délicieusement les oreilles. Ajoutez des coupures radicales du volume par le chauffeur bigot,chaque fois que l'on dépasse une mosquée, un tombeau ou un cimetière, puis retour à volume maxi, pour bien appuyer le contraste.


Cela pour dire que mes goûts, stratégies de choix artistiques et références culturelles sont ici mis à l'épreuve, et que si l'hypothèse du ringardisme est la bonne, elle n'est que l'écueil passager d'un esprit en perdition, voire en voie d'acculturation passive. Simple remise en cause -qui s'avérera salutaire, rien qu'en tant que telle, je ne préjuge pas du résultat final- à caractère exploratoire, donc... Merci à mes juges de tenir compte de cette circonstance atténuante.

Et puisque j'ai plein d'idées mais pas de mots pour les coucher, j'invite le courageux lecteur non à se brosser mais à repasser -bientôt. En attendant, je vous livre un lien vers l'épisode 13 des aventures cyclistes de Lily et Seb: ils y publient le récit de leur traversée de l'Afghanistan (recit partiel: ils oublient "délicieusement hâlé" lorsqu'ils mentionnent notre rencontre).

mercredi, mai 03, 2006

de l'internationale perspicacité du gendarme

Behsud, Hazarajat, semaine dernière. Métro c'est 3h de piste pour rejoindre un cul de vallée,
Boulot sont des rencontres à vocation analytique avec les paysans de ce cul de vallée,
Dodo c'est dans la salle commune de l'une des bases qui nous accueille, avec tous mes camarades (mâles) afghans.
Donc métro boulot dodo en Hazarajat. Restent quelques anecdotes qui méritent récit.
Après nos 3h syndicales de piste, ce village semble parfait pour une ou deux interviews. En outre la neige empèche de pénetrer plus avant dans le cul de vallée, nous aurons donc à nous en contenter.
Hop! Au boulot, sautons de l'auto, et au contact autochtone! Comme dans chaque village du district que nous parcourons, à peine l'auto stoppée, un villageois surgi de nulle part s'approche du chauffeur pour une vibrante accolade.
(l'accolade homosexuelle, seule dose de contact humain socialement présentable en public -les embrassades mixtes figurées dans les videoclips télévisés sont élégamment censurées par un brouillage façon verre dépoli, et je parle bien d'embrassades non de baisers!!)
D'un bout à l'autre du district, dont il est originaire, c'est-à-dire trois jours de route pour joindre un extrème à l'autre, des dizaines de sous-vallées tangentes, dans quel village que nous débarquions, le chauffeur a un pote. Impressionnant. Bref (petit jeu d'analyse: identifier le biais qui invalide la déduction "donc dans tous les villages du district le chauffeur a un pote").
Le pote du jour, tout sourire dans ses tatanes et le sac à patate qui nous sert tous de futal, nous mène donc jusqu'à son village, puis jusqu'à sa maison, jusqu'à sa pièce, jusqu'à ses coussins, par contre c'est le thé qui vient à nous, jusque ici la routine est parfaite. Déjà préalablement présents dans la pièce commune deux gaillards: un barbu dont les deux incisives supérieures semblent avoir récemment quitté leur écrin gingival, son oeil droit scie du bois tandis que le gauche l'empile; et un moustachu propret, rasé de frais, portant veston d'un bleu internationalement identifiable, certains traits que l'ont croirait culturels sont des absolus: le profond bleu gendarme. La présence d'une jolie kalash de campagne assoupie sur le bord de la fenètre, à 5m de son tuteur et à 1,5 de moi, ainsi que du pantalon assorti à la veste sur le même bord de la même fenètre, confirme mes hypothèses quant au métier du bonhomme. Précisons que si le pantalon du gendarme n'est pas sur le gendarme, le gendarme n'en est pas pour autant en slibard: l'uniforme se porte ici par-dessus le vêtement civil. Peut-être pour symboliser que sous la fonction il reste citoyen? Rêvons-y.
Nous nous saluons, comme le veut l'usage, d'abord à la cantonnade en pénetrant la pièce, puis chaque nouvel arrivant, individuellement, adresse salut et s'enquiert de la santé de chaque précédemment présent, qui lui retourne son salut ça va, auquel l'arrivant s'il répond se doit d'ajouter remerciement et de réitérer question jusqu'à ce que l'autre réponde. Puis réitère avec l'autre présent. Dialogué et traduit ça donne:

[Arrivant, à la cantonnade]
-salut, ça va? comment ça va? la santé ça va? ça va bien? salut.
[Présents]
-salut, comment ça va?
[Arrivant s'assoit, puis à Présent 1]
-salut, tu va bien? ça va? tranquille? la santé ça roule?
[Présent 1 à Arrivant]
-salut. comment tu vas? tu vas bien ou quoi? ça biche?
[Arrivant à Présent 1]
-je vais bien, merci. et toi tu vas bien? la santé ça va? comment ça va?
[Présent 1 à Arrivant]
-je vais bien, merci.
[Arrivant à Présent 2]
-et toi, comment tu vas? bien? la santé?


etc. sympa, parfois un peu long quand il ya 4 arrivants et 5 présents.
Tout ce petit monde se met à discuter, je prends l'air absorbé et hurle avec les loups quand cela me semble nécessaire, bien que je ne comprenne pas grand chose du sujet débattu (sûrement une histoire de quelqu'un dont ils se demandent comment il va). Les deux précedemment présents ne semblent pas plus camarades que ça, âges différents, peu de paroles directes, simplement ils partagent un thé au même endroit sans que je sache vraiment ni ce qu'ils fouttent là ni ce qu'ils attendent. Mais apparemment ils attendent la même chose, ou s'attendent-ils l'un l'autre?
Soudain le gendarme, qui conserve l'expression grave de rigueur pour sa fonction, s'adresse à moi d'un air inspecteur à l'infaillible flair, genre je devine tout rien qu'en voyant les visages: "et toi, t'es d'où? de Bamyan non?"
C'est la première fois qu'on me la sort celle-là. Quelques-uns m'ont déjà flatté d'un "tu as presque l'air afghan", mais personne ne s'y était encore trompé. Et c'est un gendarme qui inaugure.
J'avais prévenu que c'était anecdotique.
La suite peut être également singulière, si j'accélère un peu ma narration.
D'autres villageois débarquent, on discute, re-tournée de thés, puis les plus respectables de l'assemblée nous invitent à déjeuner. En tant qu'européen indécemment riche, se faire payer à bouffer par un paysan afghan en loques est toujours plaisant; nous acceptons donc, et les gendarmes (il y avait en fait 2 kalashs, le flegmatique pote du chauffeur est également homme d'armes) profitent du voyage pour bouffer également à l'oeil, ainsi que l'homme sans incisives supérieures. Nous déjeunons donc tous ensemble, d'un bouillon de pot-au-feu (avec les doigts, les afghans y déploient des trésors d'ingéniosité). J'ai droit à une assiette individuelle, les autres mangent au plat, tous partagent donc la nourriture tandis que la discussion se poursuit à bâtons rompus, maintenant que nous sommes tous des amis.
Puis vient l'heure du départ, nous regagnons l'auto, les flics demandent s'ils peuvent profiter du trajet. On me consulte formellement sur cette question, deux clichés, puis en route mauvaise troupe.

L'homme sans incisives est également du voyage. Ils nous quittent le bazaar atteint, 4h plus bas -entre temps nous avions d'autres zones à visiter, tous se montrèrent patients. Et descendent tous trois à l'hôtel, car nous n'allons pas plus loin, et qu'il est déjà 17h, impossible de trouver moyen de continuer leur route vers leur destination mystérieuse.
Je demande alors à Reza qui était cet intriguant homme sans incisives. Il m'explique qu'il les a perdues la veille, lors d'une mauvaise rixe avec son frères et ses cousins, qui sont tous maintenant à l'hôpital. "Les policiers l'ont donc attrapé et le mènent aux autorités judiciaires". Factuellement, l'appréhension du suspect: le policier va à pied dans le village du contrevenant, boire un thé. Il demande à un minot d'aller quérir le fauteur de troubles. Pendant ce temps il dépose son encombrante kalash hors de sa propre portée, et quitte son sur-pantalon bleu. Il boit un autre thé. Le suspect arrive, ils boivent un thé. Nous les rejoignons à ce moment, et ensemble buvons un thé. Puis tous déjeunons ensemble, flic et suspect dans la même assiette, partageant pain et serviette. Puis nous partons tous ensemble en auto (qu'auraient-ils fait sans notre passage? rentrer à pied en 5 jours, main dans la main?), flânons méchamment en route, lors de chaque pause chacun vaque à droite à gauche sans surveillance aucune, puis enfin arrivons à leur destination, ils descendent tous à l'hôtel du bazaar pour finir la route demain. Si ce n'est pas de la cordialité policière.

lundi, mai 01, 2006

God bless kabab

Sur la route de Behsud. Un bazaar. Pause déjeuner. Une tchaikhâna. Soudain je suis sauvé: je vois le Christ.




Les kababs sont réellement une bénédiction dans ce pays de pot-au-feu.

Qu'est-ce qu'ils foutent représentés ici, à partager le pain et le vin, ce qui reste le plus étonnant en terre mahométane? On sait que nos frères de religion du livre considèrent Jesus (Issa) comme un prophète respectable, mais de là à le représenter en si bonne place... Je réfute l'hypothèse de l'attrape-touristes, vu qu'il n'y a pas de touristes. Et je n'ai rien pu tirer des autochtones, d'un flegme à toute épreuve comme d'habitude:
-"hey! mais c'est qui là bas? le sais-tu?
-"boaf... je sais pas...
-"ce serait pas Issa?
-"boaf, bien sûr c'est Issa.
-"mais qu'est-ce qu'il fout là?
-"boaf, je sais pas il est là c'est tout, caisse tu m'saoule
-"nan mais c'est marrant de le voir ici! je suis Issawi (chrétien)
-"boaf ouais super et alors je m'en fous.
okééééé.......


dimanche, avril 30, 2006

- importante notice - consultez -

bonjour à tous,

je tiens le coup, de retour à Kabul après quelques jours en fond de vallée (au sens propre comme au sens figuré). ce n'est pas le cas de ma clé USB qui ne tolérait plus les conditions de vie locales. au petit matin elle s'est rappelée à Dieu dans l'indifférence générale. sa jolie petite diode bleu-vert, qui clignotait toujours malicieusement lors de la moindre connection, fut d'abord torve, puis désormais laiteuse, comme un oeil de poulpe sur l'étal du vieux port.

Ce fut un geste de désespoir, dont on ne peut la blâmer; je l'ai emmenée avec moi sans rien savoir de sa force et de sa volonté, qui se révèlent insuffisantes pour le dépaysement que nous partagions. cependant elle n'est pas partie seule, elle emporte avec elle toute ma correspondance électronique ainsi que vos adresses mails.
Je ne compte pas la remplacer; tout n'est pas si facile; cependant il me serait grand réconfort qu'en lieu de condoléances, vous m'adressiez un mail même vide que je recouvre vos adresses respectives. ni fleurs ni couronnes. en outre pour certains, ce sera l'occasion d'enfin m'écrire soit dit en passant -mais sûrement la douleur de la perte me rend acide.

samedi, avril 22, 2006

Discrète présence américaine


flashback de 15 jours: route aller vers Behsud.



Ça bouchonne dur à la sortie de Kabul, sur le périph si vous voulez. C'est habituel: les afghans sont capables de créer un bouchon de 500m avec trois voitures. Il suffit qu'elles se bloquent l'une l'autre et la troisième au milieu d'un carrefour. Puis il s'agit, au lieu de reculer et de se désengager du maëlstrom de métal tant qu'il en est temps, de s'apostropher le temps que d'autres autos se positionnent judicieusement pour empècher que quiconque ne se dégage. Bref.
Pourtant aujourd'hui c'est autre chose: nous sommes sur le carrefour, dégagé, et néanmoins notre avancement est empêché. Soudain en trombe: un semi blindé d'une jolie couleur "desert storm".



Suivi de près par une Jeep, surmontée d'une mitrailleuse genre grosse, d'une jolie couleur "restore hope". Puis un autre semi mystérieux, puis une jeep jumelle de la précédente...
Répétez 12 fois: convoi américain. C'est pourquoi la vile circulation locale est priée de laisser circuler.
Une fois le convoi passé, le chauffeur leur emboîte le pas en trombe, c'est aussi notre route (la route de Kandahar, pour ceux qui s'intéressent à la géo-politique religieuse). Et celle de plein d'afghans aussi, qui talonnent comme nous la Jeep blindée de queue. Le bidasse juché dessus nous surveille paternellement, et quand un coquin s'approche à moins de 15 mètres de son auto (je pense qu'il avait des petits pointillés sur les lunettes pour déterminer avec précision le dépassement de ce seuil), il braque sa grosse mitrailleuse sur l'un des pneus avant. Son visage à demi masqué par son casque et ses grosses lunettes superclasses, impossible de savoir s'il déconne ou pas. Quand c'est notre tour de jouer à "attention je te braque", le chauffeur mettant un coup sur le champignon pour prendre la tangente vers une station-pétrole, il me semble néanmoins déceler qu'il prend à coeur de bien faire son travail.

Après la pause essence, on se retrouve encore au cul de la jeep, avec toute la circulation afghane du jour, bloquée par l'allure tranquille du convoi US qui finalement fait une petite halte. Au milieu de la route. Avec toujours les afghans qui s'acharnent à accumuler leurs autos dans la file d'attente, vu qu'ils vont travailler, ou au marché, des trucs comme ça qui servent à rien par rapport à l'armée. Donc on attend que les Forces de Paix veuillent débloquer la route. Après 15 minutes, on se doute que ce n'est pas un arrêt pipi.



Un civil sort d'une jeep bloquée elle aussi, s'approche du premier bidasse venu, et parlemente (les afghans ne s'y aventurent pas: le bidasse a la braquette facile).



A en juger par la façon dont il porte la chemise rentrée dans le pantalon il est compatriote des américains. Il obtient donc laisser passer, et double tranquillement tout le convoi. Nous attendrons encore 30 minutes, pour finalement se voir proposer du bout de la mitraillette, de descendre dans le fossé, et de contourner le convoi à une distance de sécurité (pour nous) de 30 mètres.


[celui-là, on dirait une figurine parmi la décoration intérieure automobile ! Non ?]



Heureusement que notre minibus est 4x4, ceux qui ne le sont pas s'embourbent et autres ennuis.

Et heureusement qu'ils sont là les militaires. Sans eux, à ne côtoyer que des afghans au quotidien, on en oublierait que c'est dangereux quand même ce pays.


[joli bleu hein?]

jeudi, avril 20, 2006

L'appel du large... temps de lever les voiles


à Kabul

Et voilà... Enfin, samedi, je repars à l'aventure. Kabul c'est bien sympa mais bonjour l'encroûte, et les grands baroudeurs comme moi on en est pas capables, tu vois. On choisit pas son totem, et moi j'y peux rien si je suis un gaipart, un laïonne, un terrible félin sans attaches matérielles qui parcoure la terre sans répit, tu vois. Eh ouais. A la limite je t'envie, toi qui a su choisir une vie simple, à l'abri de l'aventure, des rencontres vraiment très intéressantes, des paysages vraiment très grandioses pour le bonheur des yeux, tu vois. Et du coeur aussi, mec. Donc moi même, le voyageur sans répit, le taïgueure, je pars samedi à 4h30 de là, pour une semaine d'aventure solitaire avec mon traducteur et mon chauffeur payés par la boîte. Je vais vivre parmi les gens, humblement, comme eux, pour faire des vraies rencontres avec l'âme, donc je serai hébergé par une autre boîte, pour vivre l'aventure sans limites dans une guest house avec garde, cuisinier et cleaner. C'est ça d'être un expat dans un pays de malade, tu vois. La vraie life, man. Mais rassure-toi, je continuerai à égayer ta vie avec mes super posts d'aventure de malade, car je pars à l'aventure sans attaches matérielles avec mon ordinateur portable. J'espère qu'y auront internet ces bouseux sinon je rentre vite fait à Kabul faut pas se foutre de la gueule du laïonne.

PS. si tu me crois pas que je suis un aventurier admirable, regarde la télé, et crois-là sur ce qu'elle montre de l'Afghanistan. Après tu sauras la vérité de la télé: déjà que l'Afghanistan c'est vachement loin, que les gens y sont pas pareil que nous, que y sont vachement dangereux, rapport aux mollahs tout ça, et que les rockettes pleuvent.
et hop, habile transition.

mercredi, avril 19, 2006

à Kabul le beaujolais nouveau arrive tous les jours


Ici, au bureau à Kabul.


Jabbar le cuistot abhorre sur son tablier subversif une insulte à l'Islam.



Heureusement qu'il ne lit pas plus le français que sa langue maternelle, le Dari. Remarquez le pont culturel entre les restaurateurs lyonnais et kabuli: la moustache. Et la couleur du gilet. Une réelle mise en abîme.



En outre: Jabbar, le seul cuistot d'Afghanistan qui n'emploie pas d'inhibiteurs de goût. Notable et appréciable. Cela dit, paraît qu'y ont tenté, les franssawia, de brancher Jabbar pour qu'il cuisine autre chose que du riz, fréquence: un midi hebdomadaire. Parce qu'il sait faire d'autres trucs, des tartes, des pouletfrites, des ratatouilles... Tollé chez les collègues afghans, mobilisation, c'est honteux où est notre riz je refuse de continuer à travailler pour vous dans ces conditions, face à la gronde retraction totale du projet de réforme.
Si on aime le riz ça ne pose pas de problème.

mardi, avril 18, 2006

Des étranges effets du sevrage musical...


Préalablement il faut savoir qu'en Afghanistan le post-rock garage fait cruellement défaut. Le punk indus tout autant d'ailleurs. En clair, impossible de sortir le samedi soir (déjà; vu que ici dimanche c'est vendredi) dans un troquet (en outre; le maximum de l'établissement débit de boisson ici c'est la tchaïkhana littéralement "maison du thé" très poétique pour qui idéalise les peuples du thé mais fort trivial en réalité car le thé ici c'est du foin et dans les tchaï on sert surtout de la soupe au gras rance de cul de mouton, la vérité) pogoter peinard au son d'un ptit groupe local énervé.
Pourtant il ya de quoi être énervé, pour la jeunesse locale: interdit de picoler, pas de CPE pour se marrer avec les potes, gonzesses invisibles, présence militaire impérialiste, curés omniprésents, obligation sociale de porter la moustache, maisons sans étages donc ni ascenseurs ni cages d'escalier à squatter, pas d'arrêt de bus non plus, j'en passe. Dans ces conditions, on s'attend à un bourgeonnement incontrôlé du grunge pashtou, du punk hazara, du hip-hop uzbek, que sais-je du gangsta rap tadjik... Rien à faire. A croire qu'inhibés par le déversement continu de musique indienne industrielle (pas toujours mauvais, mais pas bio pour un sou) les jeunes afghans en oublient qu'ils sont les rejetons du carrefour de l'Asie centrale, entre perses, indiens, mongols, russes, turcs, chinois, et que donc bordel y a de quoi sortir du bon son chiadé de cette soupe aigre-douce!
Bref. Me voilà sevré de musique live depuis un mois et demi (patron et que ça saute). Donc quand je vois sur la boîte mail de la boîte :

...mon sang ne fait qu'un tour.
Ce n'est certes pas le plus punk qu'on puisse trouver, mais à défaut ce sera parfait. Allons-y. Je recrute des comparses: Cyril mon camarade métalleux semble motivé pour le violon "du 18e siècle au contemporain" (décidemment mon a priori sur les métalleux est fort mis à mal ces temps-ci), du moins à ce que je peux en juger (j'ai toujours du mal à lire grand chose sur le visage d'un métalleux). Pour ma part je crains le virtuose sans tache, donc sans intérêt, celui qui fait se pâmer les bourgeoises incultes, sur une programmation laborieusement pédagogique. Que diantre laissons-lui sa chance au premier prix.

J'ai bien fait.

Dès les premières notes de Haendel, la claque totale. Virtuose en effet, mais de ceux qui aiment leur instrument. Le faire sonner, grincer, pleurer, harmoniquer, chuchoter, gueuler, taper du pied, et qui mettent ça au service de la musique (la vraie, hein, entendons-nous). Donc devrais-je dire, les premiers sons de Haendel. De subtils jeux d'interprétation, décalages rythmiques, cassent l'académisme du 18e pour nous faire entendre la musique derrière les codes. Et on enchaîne direct: un certain Luciano Berio, inconnu au bataillon, je sais même pas si c'est le mec genre mort (comme Haendel par exemple, pour ceux qui auraient de plus grosses lacunes que moi) ou pas, mais le mec genre bon. On entend chaque crin de l'archet, ça frotte, ça pleure, ça crisse, je me crispe dans mon fauteuil. 12e orgasme musical et ça ne joue pas depuis plus d'un quart d'heure. Je vais pas tenir. Mais ça continue, sans merci, la musique se débat, j'ouvre les yeux ça tourne trop, et voilà Prokofiev (ouais je sais ça me dit quelque chose à moi aussi). Ba-bam. Du hard rock. Des riffs de malade. Destructuré. Dans un éclair lubrique je pense "le violon c'est aussi bien que la guitare électrique". J'accède à des parties inconnues et antiques de mon cerveau. Puis c'est le trop plein, je découvre que malheureusement en musique aussi je connais des périodes réfractaires. Fin de concert plus habituelle, un bis commis par mon camarade et moi, certains s'éclipsent.

Le pire: des élèves de l'école de musique, afghans, étaient là. Eux ont pris cher. Sauter de la soupe bollywoodienne dans ce maelstrom organique, quelle leçon magistrale. Y étaient-ils prêts? Quoique? Moins contrits que nous peut-être par l'académisme musical? Donc moins de difficultés à s'en défaire, contrairement à nos compatriotes qui pour la plupart persistent à têter au sein moisi du diable, convaincus d'être dans la lumière, ceux qui ne veulent rien entendre, ont peur du son au point de le qualifier de bruit? Fallait-il que ce soit ici, à Kabul, que je me voie une nouvelle fois, mais plus violemment que jamais (ou rarement), confirmé dans mon rapport à la musique?

Aussi je me permets et je conseille:
- à tous, de tenter l'expérience du sevrage musical, puis de se mesurer à un concert qu'on aurait auparavant cru exigeant;
- à ceux qui croient que le violon c'est mort, d'écouter les duos de Luciano Berio (ceux qui ont des prénoms);
- aux gens de bon goût du GRIM, de connaître voire de booker ce Jacques Saint-Yves. Franchement le meilleur violoniste qu'il m'ait été donné d'entendre, et Dieu m'en soit témoin j'en ai bien entendu une demi-douzaine facile dans ma vie. Au demeurant un homme sympathique et cynique à souhait, tout en restant enthousiaste -je n'ai pas pu le brancher sur l'impro, pourtant j'en brûlait, car il s'est fait haranguer par les vieilles biques de l'ambassade en mal d'événement mondain autant que moi de musique ("ââââhh, c'était fôr-mi-dâble!! vraiment merci. Mais permettez moi de vous présenter mon mari, représentant ici de la banque mondiale.")
(argg! y sont où les talibans là? pour une fois qu'on a besoin d'eux ou au moins d'une de leurs fières kalash)

samedi, avril 01, 2006

Comme dans les livres


Sur la route Kabul > Bamyan avec

Charles
, au milieu des 10 heures de cahots, entre deux nids de poule diamètre 2 mètres, un attroupement de badauds exceptionnellement dense. On s'y fraye voie à coups de klaxons, sans décélérer, comme d'habitude à la dégonfle (en général entre piétons+mulets et notre van4x4 on l'emporte haut la main), pour apercevoir furtivement l'attraction qui aimante cette minifoule: deux blancs montés sur bicyclettes. Avec sacoches, chapeaux et blousons Quechua, l'hallu pour l'Afghan provincial moyen.

Puis pause déjeuner. Cependant, les cyclistes nous repassent devant puisqu'après 10 minutes les revoilà devant nous, cette fois en plein effort -et il en faut, pour rallier Kabul à Bamyan, remarquons-nous. Même un grain de folie inconsciente, plus des tripes et l'esprit aventureux. Mais n'est-ce là parfaite définition de l'excellence française? Pour nous en assurer, je tente une fois parvenus à leur niveau une subtile référence culturelle : « allez Richard Virenque ». Nos deux moulineurs se retournent et entre deux souffles courts brille dans leurs yeux fiers et humbles une lueur compatriote. Comme nous l’avions parié à nos Afghans, ces deux cinglés ne pouvaient être que français.

Après nous être enquis de leur santé mentale, et de leur destination et de leur bon approvisionnement en clopes, nous les laissons dans le nuage de poussière de notre automobile.




8 jours plus tard, 6 heures d’auto et un total de 3000m de dénivelé plus loin, Charles retourné vers la civilisation, je parcours Yakawlang de long en large pour sauver le monde, quand au loin qu’aperçois-je ? Notre couple à 2 roues chacun, sensés avoir à Bamyan atteint leur honorable objectif. Salutations, reconnaissance, quelques éclats de voix, grossièretés bien senties et jurons subtils, nos salamaleks à nous, puis ils avouent peiner. Ont passé deux nuits au col du Shibartu (« chie partout », excellent moyen mnémotechnique), 3300m, neige, bloqués car lui malade et tous deux un poil à bout. Quand elle confie dans un souffle que « cette p*tain de route, c’est quand même la plus dure qu’on aie faite depuis Nantes » je marque un temps d’arrêt. N’avaient-ils pas dit lors de notre première rencontre arriver de Kabul et viser Bamyan ? Si bien sûr, c’était alors l’étape en cours, quelque part entre leurs kilomètre 16000 et 17000.

Encore plus français que nous ne l’avions cru. Ils ont enfourché bécane en mars de 2005, région nantaise, direction vaguement l’Inde, sous les quolibets des locaux imbibés du meilleur gros plant car ils ne s’étaient jusqu’alors que peu aventurés hors de Vendée, et n’avaient jamais pédalé plus que ma grand-mère. Réalisant leur degré de folie, je les prend immédiatement dans une sympathie 100 bornes (huhu) et les invite pour une nuitée tout confort à Yakawlang, à la guest house de SOL où je suis moi-même descendu.

Et voilà, Lily et Seb ont partagé quelques jours de leur périple avec nous, pour une fois immobiles.


le jour ils pédalent, le soir jouent au mille bornes. Ça ne s'invente pas.




Puis ils ont repris leur route en espérant en avoir encore pour 18 mois minimum à tirer avec leur cagnotte. Tout ça sans être (au départ) ni sportifs, ni voyageurs, ni sponsorisés, ni érudits de culture centrasiatique, ni polyglottes, ni pétés de thunes, juste un couple normal, elle à chaque fois qu’il sort fumer une clope : « dis donc, tu vas encore fumer toi ? rrahlala mais c’est pas vrai ça », lui après chaque repas : « bon, bain t’as pu qu’à faire la vaisselle, HAHAHA ! », et à s’engueuler gentiment, et à râler devant le prochain col à 3500 « pffff… encore un col » comme des gosses devant une plâtrée d’épinards. Les vrais, les purs, LES voyageurs. Un coucou, Sébastien, Aurélie, si vous lisez ces lignes, et, sans prétention, toute mon admiration. Continuez à fumer. De tout coeur je vous souhaite que la route soit encore longue et difficile.



lundi, mars 06, 2006

ACCUEIL - Début du blog, au lieu de bulles et PDF par mail


(post antidaté à la date de mon premier foulage du sol afghanistanois)

Bonjour et bienvenue,

Mes périgrinations en Afghanistan sont désormais sponsorisées par ce blog. Le bureau-mère à Kabul s'étant vu depuis peu connecté à l'internet via les voies cosmiques, je tente donc d'y publier des photos accompagnées de reflexions péremptoires destinées à me faire mousser, en lieu des pdfs tout pourris envoyés par e-mail. Chacun dispose ainsi de toute latitude pour venir consulter à sa guise, et ne se voit plus embourber sa boite de réception. Au bénéfice principal des camarades également expatriés dans de sombres pays où le miracle ADSL n'a pas encore été annoncé. (coucou Tang au Darfour! coucou Vince au Ladakh! coucou Nicolas Hulot comment ça va mon vieux alors toujours de droite?)
Aussi parce que les copines à ma mère elles la saoulent pour avoir de mes nouvelles, et que je vais pas non plus faire des mails à toute la diaspora sicampoise. (coucou les Seichamps 40+!)

Me voilà donc tout juste rentré hier d'Hazarajat, où je passe la majorité de mon temps, vers Kabul. Le temps de régler menus soucis administratifs, de raser le disgrâcieux duvet de moustache, humiliation nécessaire à Yakawlang pour se voir considérer comme interlocuteur acceptable par tout autre mâle, et hop! Je tente un premier uploading de photos...