samedi, avril 22, 2006

Discrète présence américaine


flashback de 15 jours: route aller vers Behsud.



Ça bouchonne dur à la sortie de Kabul, sur le périph si vous voulez. C'est habituel: les afghans sont capables de créer un bouchon de 500m avec trois voitures. Il suffit qu'elles se bloquent l'une l'autre et la troisième au milieu d'un carrefour. Puis il s'agit, au lieu de reculer et de se désengager du maëlstrom de métal tant qu'il en est temps, de s'apostropher le temps que d'autres autos se positionnent judicieusement pour empècher que quiconque ne se dégage. Bref.
Pourtant aujourd'hui c'est autre chose: nous sommes sur le carrefour, dégagé, et néanmoins notre avancement est empêché. Soudain en trombe: un semi blindé d'une jolie couleur "desert storm".



Suivi de près par une Jeep, surmontée d'une mitrailleuse genre grosse, d'une jolie couleur "restore hope". Puis un autre semi mystérieux, puis une jeep jumelle de la précédente...
Répétez 12 fois: convoi américain. C'est pourquoi la vile circulation locale est priée de laisser circuler.
Une fois le convoi passé, le chauffeur leur emboîte le pas en trombe, c'est aussi notre route (la route de Kandahar, pour ceux qui s'intéressent à la géo-politique religieuse). Et celle de plein d'afghans aussi, qui talonnent comme nous la Jeep blindée de queue. Le bidasse juché dessus nous surveille paternellement, et quand un coquin s'approche à moins de 15 mètres de son auto (je pense qu'il avait des petits pointillés sur les lunettes pour déterminer avec précision le dépassement de ce seuil), il braque sa grosse mitrailleuse sur l'un des pneus avant. Son visage à demi masqué par son casque et ses grosses lunettes superclasses, impossible de savoir s'il déconne ou pas. Quand c'est notre tour de jouer à "attention je te braque", le chauffeur mettant un coup sur le champignon pour prendre la tangente vers une station-pétrole, il me semble néanmoins déceler qu'il prend à coeur de bien faire son travail.

Après la pause essence, on se retrouve encore au cul de la jeep, avec toute la circulation afghane du jour, bloquée par l'allure tranquille du convoi US qui finalement fait une petite halte. Au milieu de la route. Avec toujours les afghans qui s'acharnent à accumuler leurs autos dans la file d'attente, vu qu'ils vont travailler, ou au marché, des trucs comme ça qui servent à rien par rapport à l'armée. Donc on attend que les Forces de Paix veuillent débloquer la route. Après 15 minutes, on se doute que ce n'est pas un arrêt pipi.



Un civil sort d'une jeep bloquée elle aussi, s'approche du premier bidasse venu, et parlemente (les afghans ne s'y aventurent pas: le bidasse a la braquette facile).



A en juger par la façon dont il porte la chemise rentrée dans le pantalon il est compatriote des américains. Il obtient donc laisser passer, et double tranquillement tout le convoi. Nous attendrons encore 30 minutes, pour finalement se voir proposer du bout de la mitraillette, de descendre dans le fossé, et de contourner le convoi à une distance de sécurité (pour nous) de 30 mètres.


[celui-là, on dirait une figurine parmi la décoration intérieure automobile ! Non ?]



Heureusement que notre minibus est 4x4, ceux qui ne le sont pas s'embourbent et autres ennuis.

Et heureusement qu'ils sont là les militaires. Sans eux, à ne côtoyer que des afghans au quotidien, on en oublierait que c'est dangereux quand même ce pays.


[joli bleu hein?]